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« Il faut garder l’espoir »

C’est peu avant l’âge de la retraite qu’Andrea Bastreghi a fait une chute à ski.

L’espoir est le moteur de la vie. On s’en rend compte quand on traverse une passe difficile. D’où l’importance de ne pas le malmener chez les gens dont la vie a basculé après un accident ou une maladie. Comme dans le cas d’Andrea Bastreghi. 

 

Texte: Stefan Kaiser
Photos: Walter Eggenberger

 

« Je suis tout de suite à vous », lance une voix agréable, celle d’Andrea Bastreghi. Nous le dérangeons, pourtant le tétraplégique « haut », affairé à paramétrer la commande de son nouvel ordinateur, une sorte de souris qui s’utilise avec la bouche, ne se départ pas de son sourire. Dans deux semaines, il aura fini sa première rééducation au Centre suisse des paraplégiques (CSP). Donc pas de temps à perdre. D’un bleu lumineux, ses yeux laissent pressentir le charme de cet homme dont la tétraplégie est comme éclipsée. Il n’y a pas si longtemps que ça, Andrea Bastreghi n’était pas le même homme. « J’étais complètement désespéré », dit-il rétrospectivement, « et je broyais du noir, toujours du noir. » Le sexagénaire n’a pas arrêté de pleurer. Pendant six mois. Chaque fois que des amis ou des proches venaient le voir à Nottwil ou quand une aidesoignante lui adressait la parole. Aujourd’hui, son état d’esprit positif rejaillit sur tout le monde. Pour le CSP, la métamorphose qui s’est opérée chez lui illustre bien à quel point l’espoir est une force pour l’être humain.

 

« Ne pas garder son désespoir pour soi. Accepter de recevoir la force qui émane des gens »

 

Les pleurs, une libération

« Sombrer après un gros coup dur est tout à fait normal », explique Nadine Salvisberg (26 ans), l’aide-soignante référente d’Andrea Bastreghi à l’unité de soins C. Même s’il est vrai que l’abondance de ses larmes était remarquable. « ll est rare de voir quelqu’un pleurer autant pour évacuer son chagrin. Dans ces moments-là, pour nous qui faisons partie du personnel soignant, le tout est d’être présent et d’essayer de deviner ce dont le patient a besoin sur le moment », ajoute-t-elle. Il lui est arrivé de pleurer comme ça, à côté de lui. Verser des larmes est libérateur. Chez Andrea Bastreghi, elles ont cédé le pas à l’espoir, ce qui lui a permis de remonter la pente. « L’espoir, c’est le moteur de la vie », poursuit Nadine Salvisberg. « Dans les moments difficiles, il nous permet de survivre et de nous confronter à la réalité. » Pris dans le traintrain, on en a rarement conscience, mais quand un accident chamboule tout, l’espoir est capital. Et quand il fait défaut, ce n’est pas rien. Pour Andrea Bastreghi, naguère ingénieur, c’est le propre de l’homme. « Vivre sans aucun espoir est impensable », nous confie-il. « C’est à travers l’espoir que nous nous projetons dans l’avenir. » Lorsqu’elle est animée d’un espoir, petit ou grand, la personne humaine est en mesure de prendre son avenir en main.

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Les aides-soignants sont les premiers à s’en rendre compte quand un patient va mal: Nadine Salvisberg avec Andrea Bastreghi.

La métamorphose

C’est peu avant l’âge de la retraite qu’Andrea Bastreghi a fait une chute à ski. Jadis en forme, il a toujours travaillé : il a été en poste en Asie pour de grandes entreprises de télécommunication, puis à son compte pendant une dizaine d’années. D’ailleurs, après ses 65 printemps, il voulait rester en activité à Genève et se lancer dans l’immobilier. Pour arrondir sa pension de retraite et aussi parce que l’image de ceux qui restent chez eux à regarder la télé lui donnait la frousse. Lorsqu’il dévale la piste à Megève, sa dernière descente à ski, une bosse lui joue un vilain tour. Hospitalisé au CSP, il est tout de suite mis sous ventilation. On lui administre de forts médicaments contre la douleur. « Il m’a fallu trois mois pour sortir de cet état d’hébétude et j’ai compris que j’étais paralysé. Avant, je pensais que c’était sans doute ma blessure qui m’affaiblissait », raconte Andrea Bastreghi. Il remarquera que les autres patients autour de lui progressent. Sauf que, en ce qui le concerne, il n’y a aucune amélioration. Il sombre alors dans le désespoir pendant de longs mois. Jusqu’au jour où tout change.

 

Qu’est-ce qui a déclenché cette mue ? « Subitement, je me suis dit : assez pleuré comme ça, il est temps de s’occuper de l’avenir. » Au grand dam de ses thérapeutes, Andrea Bastreghi abandonne l’espoir de récupérer l’usage de ses jambes et de ses mains car, dit-il, « elles sont sans vie. Pourtant, l’espoir sourd au fond de moi, je suis confiant et je me dis que vivre une vie digne d’être vécue en fauteuil roulant est à ma portée. Une vie pleine de joie et d’amour, » révèle-t-il.

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Andrea Bastreghi au Centre suisse des paraplégiques (CSP).

Garder l’espoir

Même quand on est fort, on ne peut pas tout surmonter seul. Andrea Bastreghi multiplie les entretiens, avec les médecins, psychologues, thérapeutes, aumôniers, assistantes sociales et aides-soignants. Alors, la confiance reprend ses droits. « Rien que de parler, ça résout la moitié des problèmes », dit-il aujourd’hui. Le conseil qu’il donne ? Ne pas garder son désespoir pour soi. Accepter de recevoir la force qui émane des gens. En ce qui le concerne, lui, ses fils lui en ont beaucoup donné. Pareil pour ses amis genevois qui faisaient le trajet jusqu’à Nottwil tous les weekends. Idem pour les collaborateurs de la clinique. « Le personnel soignant était à mes petits soins, c’était comme une famille », déclare-t-il, plein de gratitude. Les patients de l’aide-soignante référente, Nadine Salvisberg, qui traversent de durs moments ne la laissent pas de marbre, loin de là. Comment fait-elle ? Elle prévoit plus de temps pour eux, les écoute et tente de leur transmettre son crédo : ne pas s’arrêter sur les problèmes mais fêter chaque victoire, aussi petite soit-elle.

 

Les liens qui se nouent tout au long du séjour à Nottwil, qui peut durer six voire neuf mois, sont déterminants : « Qu’est-ce que j’ai pu rire avec Andrea Bastreghi. Il a un humour incroyable. C’est très gratifiant quand on voit qu’il se sent bien et qu’il est conscient que notre but à nous, c’est de l’aider », assure Nadine Salvisberg. Andrea Bastreghi a la ferme intention de réaliser ses projets une fois de retour à Genève, dans le foyer pour blessés médullaires. Son fauteuil roulant, il le commande de la tête, son ordinateur par la bouche et la voix. Il souhaite d’abord faire connaissance avec ses « coreligionnaires », puis fonder un groupe rassemblant amoureux de l’art et d’opéras. Son idée est de fréquenter avec eux les endroits où la culture est reine. De même, il est bien décidé à se lancer dans l’immobilier, dans son foyer d’accueil, comme prévu. Espère-t-il aussi trouver l’âme sœur ? « Pourquoi pas ? Il faut garder l’espoir », conclut-il en prenant congé.

 

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